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1972-1975

Dans ce monde en ébullition, une communauté grandit au Québec. Les haïtien.ne.s arrivent au Canada d’abord en professionnel.le.s et étudiant.e.s, mais une dictature féroce fera grandir et diversifier ce nombre de manière continue au cours des années 1960. L’accueil de nombreux professionnels francophones au départ semblait chaleureux, malheureusement il ne fut pas le même pour toutes et tous,  les discriminations, l’isolement social et culturel, le manque d’information et d’accès aux services empêchent l’adaptation et l’intégration des nouveaux ressortissants haïtiens,  voici ce qui va pousser les fondatrices et fondateurs de la Maison d’Haïti à s’organiser.

Un premier projet d’accompagnement à l’immigration voit le jour en été 1971, hébergé au YMCA du Parc. Grâce à une subvention le projet devient institution, adoptant une structure formelle et ouvrant les portes de la Maison d’Haïti au 3405 Saint-Denis en 1972. Au carrefour de deux avenues majeures de Montréal, ce local permet d’élargir la gamme de services solidaires offerts à la communauté, tels le soutien à la recherche de logement et d’emploi, l’interprétation lors de rencontres avec des agences publiques, et même des équipes d’accueil à l’aéroport.

Fort des idéaux fondateurs de la nation haïtienne, solidaires des mouvements sociaux en pleine ébullition au Québec, au Canada et à travers le monde, la Maison d’Haïti sera de toutes les batailles pour défendre les droits des ressortissant.e.s haïtien.ne.s et de toustes les marginalisé.e.s. Elle est active lors des mobilisations contre les déportations massives d’haïtien.ne.s – les 1 500 ; elle lance les programmes Ti Pye Zoranj  et  Nou gen Peyi Tou pour ancrer les enfants et jeunes haïtien.ne.s dans leur culture et leur histoire ; elle publie le Bulletin de la Maison d’Haïti, un outil essentiel d’information, de sensibilisation et de mobilisation. Dès cette première période l’organisation est consciente de l’expérience distincte des femmes et du besoin d’une action spécifique à cette réalité – on verra donc la naissance de Rasanblemant Fanm Ayisien (RAFA) ainsi que la publication Femmes Haïtiennes.

La fondation de la Maison d’Haïti au Canada est ainsi un reflet illustre de la fondation de la nation haïtienne dans les Caraïbes : œuvrer à la protection, le bien-être et les droits et des haïtiennes et haïtiens au Québec fait écho et nourrit les luttes au Québec, au Canada et dans le reste du monde pour des sociétés plus justes, plus équitables et plus libres.

Moments forts
– La Maison d’Haïti ouvre ses portes à la rue Saint-Denis (1972)
C’est un premier bercail pour cette équipe de personnes engagées pour servir leurs compatriotes et les aider à surmonter ces multiples défis que sont de se faire une place dans un nouveau pays.
– Lancement du service de référencement (1972)
Un premier pas vers une meilleure vie : indiquer aux compatriotes nouvellement arrivé.e.s les institutions, les numéros, et les adresses et clés pour fonctionner pleinement en société québécoise. Les bénévoles organisent aussi de l’accompagnement et de la traduction dans certains cas.
– Lancement des services propres (1973)
Les bénévoles mobilisent des ressources humaines et matérielles pour animer une vie sociale et culturelle au sein de la communauté et aussi offrir directement des services aux compatriotes haïtienn.e.s dans le besoin : conseils à l’immigration, rapports d’impôts, recherche d’emploi, assistance médicale, équipes sportives, événements culturels, etc.
– Mobilisation pour « Les 1 500 » (1973-1974)
En 1973 les haïtien.ne.s nouvellement immigré.e.s au Canada se retrouveront entre l’enclume et le marteau : un Canada dont l’accueil sera mitigé et une violence chaque jour plus choquante en Haïti. Les autorités canadiennes menacent de renvoyer 1 500 migrant.e.s vers une Haïti qui sombre dans la  terreur dictatoriale. Une mobilisation farouche ralliant haïtien.ne.s et allié.e.s de plusieurs secteurs et ancrée dans les valeurs humanistes partagées se soldera par une victoire permettant à la fois de protéger ces compatriotes et de redéfinir les débats sur l’immigraton au Canada et au Québec.
– Début du  programme  Nou Gin Peyi Tou (1975-1983)
– Premier numéro du Bulletin de la Maison d’Haïti (1975)
– Lancement de l’émission La Voix d’Haïti à Radio Centre-Ville (1975)
– Publication Femmes Haïtiennes (1975)